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 Arthème Léonard © Un hall de gare, une salle de spectacle... qu'importe. Un lieu de passage, de foule en transhumance. Un personn...

 Arthème Léonard ©

Un hall de gare, une salle de spectacle... qu'importe. Un lieu de passage, de foule en transhumance. Un personnage, homme ou femme, qu'importe. Il est en colère, je vais l'appeler, La Peur. La Peur arrive en hurlant, ouvrant son manteau qui dissimulait une ceinture d'explosifs.
 
La Peur : Je vais tout péter, je vais tous vous tuer !! Vous m'entendez !?? Vous allez tous crever !!!

Panique des quidams présents qui se chevauchent, se bousculent, piétinent les plus faibles pour accéder à une échappatoire qui n'existe pas. Arrive un second personnage, Joe, alerté par les cris.




Joe : Ola, c'est quoi tout ce raffut !

La Peur : Je vais tout péter, je vais tous vous tuer !

Joe : Ça, j'ai bien compris... c'est pas une raison pour gueuler !

La Peur : (hurlant plus fort) Je vais tout péter, je vais tous vous tuer, je vous dis !!!

Joe : Ok, ok. Et pourquoi vous voulez faire ça d'abord ?

La Peur : Euh... ben je sais pas... C'est parce que... On m'a dit que vous, enfin votre façon de... On m'a demandé de le faire ! Voilà !

Joe : Mais, je ne vous ai rien fait, moi ? Je veux dire, personnellement... Les gens qui sont là, terrorisés, couchés à même le sol... ce lieu, cette ville, ne vous ont rien fait. Si ? Quelqu'un vous a fait du mal ici ? Vous voulez que je l'appelle ? Qu'on en discute tous ensemble ?

La Peur : Non. Je ne discute pas avec vous, vous êtes tous des mécréants ! Je vais tout faire péter, je vais tous vous tuer ! Vous ne respectez rien, vous ne méritez pas de vivre !

Joe : Et ça vous est venu comme ça ? Comme une illumination ? En tuant ceux qui ne pensent pas comme vous, le monde ira mieux. Vous croyez ?

La Peur : Sur Internet, ils ont dit de tout péter !! C'est la seule solution pour se faire entendre et respecter qu'ils ont dit.

Joe : Je vois. Ah, le respect... Une fois que tout le monde sera mort, c'est sûr que ce sera plus facile pour vous... Plus personne pour vous contredire, pour vous parler, vous regarder, vous écouter... Plus personne pour vous respecter non plus, du coup.

Joe s'apprête à bouger, mais La Peur, très nerveux, la met en joue avec une arme de poing.

La Peur : Ne bougez pas où je vous tue !

Joe : Au point où on en est... Mourir pour mourir... Mais n'ayez pas peur, je vais juste chercher quelque chose. Quelque chose pour vous.

Joe s'éloigne un instant, disparait et revient avec un sac.

Joe : (grand sourire) J'ai des cadeaux pour vous.

La Peur : Hein ? Ah bon ? Mais je vais tout péter, ça se fait pas !

Joe : Eh bien, il faut croire que si. Les choses ne sont pas forcément telles qu'on se les imagine... Alors, regardez, j'ai des livres d'histoire, de littérature, un peu de philosophie, de la poésie, des places pour aller au théâtre et à l'opéra, des films, des bons pour des voyages aux quatre coins de la planète. Voilà... C'est pour vous. Et c'est gratuit ! Revenez me voir dans un an, quand vous aurez tout fait. On discutera de tout ça.

La Peur : C'est un piège ! Vous croyez que je suis un idiot, c'est ça ? Je vois clair dans votre jeu ! Vous dites que vous me faites un cadeau et par-derrière vous me piégez !!! Vous m'aurez pas, je vais tout péter !!

Joe : Comme vous voulez. C'est vous qui avez les armes, alors c'est vous qui décidez... Mais le contenu de ce sac est bien pour vous. À vous de voir... Je vous le laisse là.

Joe pose le sac, tourne les talons et repart par où il est venu. La Peur le suit du regard, sans bouger, sans même réagir. Ses yeux se portent sur le sac, puis balayent l'espace autour de lui. Le sac. L'espace. Le sac. L'espace... Tout le monde est parti, a déguerpi, il est seul. Tout seul.

Arthème Leonard ©

Arthème Leonard ©

J 'ai longtemps cru que c'était une évidence. Aimer. C'est là, ça nous prend, ça nous enveloppe, ça nous étourdit, ...



J'ai longtemps cru que c'était une évidence. Aimer. C'est là, ça nous prend, ça nous enveloppe, ça nous étourdit, ça nous palpite, ça nous brûle, ça nous désirs, ça nous plaisirs...
Et puis tu m'as demandé ce que signifiait pour moi ce mot, quelle définition, quel concept je pouvais imaginer autour de ce simple verbe : aimer. J'ai besogné, car l'enjeu était de taille. Sans doute aurais-je dû te répondre dans l'instant, t'éblouir d'une brillante réponse qui aurait annihilé tes propres doutes... Ma répartie est toujours efficace, mais après, quand il est déjà trop tard. Il était déjà trop tard. Ma réaction a été de te dire que j'étais incapable de définir cette... cette chose qui relevait du sensitif et qui souvent échappait à toute logique. J'étais sincère. Je le suis toujours. Pendant des semaines, inconsciemment d'abord, puis de façon plus concrète, j'ai réfléchi... réfléchi à ce que moi, Arthème, je mettais derrière ce mot : aimer.

Alors j'ai cherché, partant d'abord de l'objet de cet amour. Qu'est-ce que j'aime ? Qui j'aime ? Mais très vite, et sans doute parce que c'est ce que soulevait ta question, la notion du lien entre l'amour et l'engagement m'est apparue. L'état amoureux, c'est ce truc, ce machin, ce trouble émotionnel qui nous enveloppe, nous porte, qui est propre à chacun et si difficile à décrire et dont les mécanismes qui l'animent restent mystérieux. A-t-on vraiment besoin de savoir ce qu'il en retourne ? Il y a évidemment des raisons factuelles qui nous font tomber amoureux, mais elles seules ne peuvent déclencher ce bouillonnement intérieur (extérieur aussi parfois...). Or, cet état varie. Pour plein de raisons, rationnelles ou non. 

L'engagement amoureux, c'est autre chose, même si l'état amoureux en est le ciment. S'engager, c'est aussi accepter les variations de cet état amoureux, de ne pas dogmatiser la relation et construire...

J'ai découvert par hasard le polyamour. Ça m'est tombé dessus, je n'ai rien demandé, rien cherché, c'est arrivé et j'ai accepté la chose. Je n'ai fait de mal à personne, trahi personne, juste aimé. Différemment peut-être, mais avec une intensité et une sincérité égale. Aimer pluriel, multiple, demande une sorte de hiérarchisation ou plus exactement une organisation dont l'enjeu principal est de tenir ses engagements. Chacun d'entre eux. Mais eux aussi peuvent être multiples. Les engagements.

Et l'exclusivité ? L'exclusivité est une tentative de la morale pour nous rattacher à des valeurs de la chrétienté, dont nous peinons à nous défaire, tous. Les autres religions laissent certainement les mêmes scories... On sous-entend que, sans exclusivité, il n'y a pas de respect, mais une trahison. Mortelle qui plus est. Le monothéisme au service du couple : si tu aimes d'autres dieux (qui sont assurément des sous-dieux), tu tombes dans un trou direct aux enfers. La classe !
J'ai expérimenté cela. Pas par jeu ou par défi. J'ai eu le sentiment que d'autres choses s'ouvraient à moi, comme si le sentiment amoureux repoussait des murs invisibles qui le contenaient. En aucun cas je ne dénaturais mes convictions ou ne faisais souffrir autrui.

En présence de la personne que j'aime, l'exclusivité est un concept presque déplacé... je suis avec elle, et j'y suis entièrement, pleinement. Ces questions d'amours plurielles, on ne se les pose pas quand il s'agit de l'amour que l'on porte à ses enfants. Parce qu'évidemment, c'est le sexe qui pose problème... Coucher, c'est tromper, trahir. Bouh ! Vade retro satanas, salaud, mécréant... 
Or, ta question concernait le mot aimer et non le mot baiser.

J'ai deux enfants. Le premier est arrivé comme un cadeau, je découvrais émerveillé le fait de devenir papa et ce lien indescriptible qui m'unissait à lui (Je confirme que ceux qui n'ont pas d'enfant, ne se font qu'une idée théorique de ce dont je parle...). À l'arrivée du second, je me suis posé les questions suivantes : avec tout cet amour que je donne, comment vais-je être capable de le partager ? Vais-je trahir mon premier enfant en en aimant un autre ? Bien sûr que non. Cet amour est plein, il ne se divise pas. Il s'ajoute. C'est déjà une forme de polyamour...

Je fais partie de ces gens qui aiment aimer, je crois. Ce qui ne revient pas à dire que la personne (ou les personnes, donc) sont dénaturées, déconsidérées... ce sont elles l'objet de ce sentiment si fort et elles le restent. Mais j'aime ce sentiment, je le trouve beau, pur, altruiste, bienveillant, humaniste. D'aucuns me trouveront "fleur bleue". J'assume, et cela ne me rend pas plus naïf pour autant. Fragile peut-être. Exposé en tous cas. Mais bordel que c'est bon !

Aimer, c'est un élan vers l'autre, c'est un don de soi, s'ouvrir entièrement dans une confiance aveugle, mais c'est aussi être curieux de l'autre, se nourrir de lui ou d'elle, d'apprendre, de découvrir, d'expérimenter... à deux (au moins...). Partager, échanger... ce n'est pas un échange exclusif, mais un échange privilégié et donc unique.
Je l'imagine lisant ces lignes, attentive et souriante. Je m'imagine me faufilant à pas feutrés derrière elle, soulever sa crinière flamboyante et déposer un long baiser dans son cou, profitant de l'instant pour la respirer et saturer mes récepteurs olfactifs de son empreinte. Puis disparaître. Aimer, c'est libérer. Pas attacher.

Pour paraphraser Cyrano, voilà ce qu'à peu près, ma chère, j'aurais pu te dire si j'avais eu les lettres et l'esprit d'à-propos... Je ne l'ai pas eu. Aussi parce que cela aurait souligné les directions divergentes que nos routes prenaient, depuis un temps certain déjà. Et que je n'étais pas prêt ce jour-là à le réaliser ou à l’accepter. Mais ce ne sont que des routes et l'essentiel est préservé.

à vous, mes essentiels...

Arthème Léonard ©

Arthème Léonard ©

  dessins de Marc-Antoine Mathieu ©  Feint l'allégeance. Un fidèle compagnon, Gage et engagé.

  dessins de Marc-Antoine Mathieu ©

 Feint l'allégeance.
Un fidèle compagnon,
Gage et engagé.

Arthème Léonard ©

Arthème Léonard ©

P arce que certains lieux ont plusieurs vies. Je pense à des lieux publics, des lieux de passage qu'on utilise presque quotidiennem...

Parce que certains lieux ont plusieurs vies. Je pense à des lieux publics, des lieux de passage qu'on utilise presque quotidiennement et auxquels on attribue une fonction très précise. Sauf que l’activité humaine, même dense, se relâche parfois. Qu'en est-il de ces lieux ? Que deviennent-ils ? À quoi ressemblent-ils une fois que nous avons déguerpi ? Pour nous, ils n'existent plus, on les a consommés et la digestion est rapide, expéditive même. Une fois la porte franchie, zou ! À peine quelques scories

Pourtant, je connais un endroit, qui, une fois éteint aux yeux de tous, renaît dans l'indifférence la plus totale. Alors qu'il est déjà le chantre de l’imaginaire quand on l'anime, une fois délaissé de ses occupants, il devient l'Arche dans laquelle s'exprime une énergie créatrice étourdissante. Je ne deviens pas mystique, rassurez-vous ! Il faut avoir la clé du sésame pour découvrir un tel lieu. J'ai cette chance. Ceux qui ont déjà vécu cette expérience comprendront très bien à quoi je fais allusion. Un théâtre. Un théâtre vide. Je pourrais dire : un théâtre la nuit. Pour ajouter un côté mystérieux… Mais bon, un théâtre est conçu sans fenêtres et si bien isolé qu’aucun élément du monde extérieur n'interfère. Imaginez ce chaudron de vie et de clarté, plongé dans la pénombre et le silence. L'odeur de poussière, les moquettes profondes, les velours usés accrochant sous la caresse des doigts, et ces bruits. Tous ces bruits. Les craquements laissant penser à des visiteurs cachés mais qui ne sont que la respiration du théâtre. Il dort, mais on l'entend respirer.

Je t'ai dit que j'avais une surprise pour toi. Comme moi, tu es contemplative et nul doute que tu vas goûter cette expérience. Tu peux ouvrir les yeux maintenant.

Nous sommes là, au cœur de la salle, silencieux. Je te vois sourire dans l'ombre, alors que tu contemples la coupole qui nous surplombe à plusieurs dizaines de mètres. La voûte céleste n'a qu'à bien se tenir, car ce que nous admirons est tout aussi majestueux et infini. Ce soir, nous sommes les fantômes du théâtre.
Je connais bien les lieux et ses moindres recoins. Agrippant ta main, je t’entraîne dans un dédale de couloirs, d'escaliers, de pièces et de culs-de-sac… Je ne cherche pas à t'éblouir, ni à te montrer à quel point je connais, à quel point je sais. Ce ne sont pas les mots qui m’intéressent ce soir, car je ne les ai pas pour te décrire cette partie de moi. Mais là, dans l'antre, au cœur, je veux que tu sentes, ressentes et moi, je veux le partager avec toi.

Je tiens toujours aussi fermement ta main. Peut-être que j'ai peur que tu te perdes, ou de te perdre… Nous voici en coulisse. Les rideaux et prendrillons pendant de partout sur la scène. Ici et là quelques perches et projecteurs, mais le plateau est bien dégagé et la pénombre laisse à penser que l'étendue devant nous est infinie.

— Il est tout à toi. Vas-y, fais ton entrée. Fais ce que tu veux. Ici, tout est possible.
Je te lâche la main et sans même me regarder, tu avances doucement, puis de façon plus affirmée. Ta main caresse le rideau, tu sautilles maintenant en te dirigeant vers le milieu du plateau. Tu n'es plus qu'une ombre pour moi, mais je t'entends rire. Je t'imagine danser, virevolter. Je reste en coulisse, comme si une barrière invisible m’empêchait de te rejoindre sur scène. Un bruit sourd, puis le silence.

Je me précipite sur le plateau en t’appelant, mais je ne vois rien. Je tâtonne dans la pénombre, hésitant, quand une main mon poignet et me plonge vers le sol. C'est sur toi que je m'effondre. Toi et ton sourire qui me dit :

— Embrasse-moi.

Docile comme je suis, je m'exécute, avant de te glisser dans l'oreille :

— Embrase-moi.

Il faut souvent peu de temps pour allumer la mèche entre nous et je vois bien à ton œil qui frise que ma proposition résonne admirablement. Nous roulons maintenant sur scène dans un ballet de caresses, de baisers, de frôlements, de frottements… mais pas d'entrechats.

Je me redresse et te tire vers moi, car j'ai une petite idée de ce que je veux. Je te colle à l'imposant rideau de scène en velours, je sens aussi sa caresse sur ma peau. Ton envie n'est pas moins grande, car déjà tes mains agrippent le tissu, tu cambres tes reins, ondule des fesses et le regard que tu me lances, bouche légèrement ouverte, est sans équivoque. Je saisis fermement tes hanches et me colle à toi. Ma queue tambourine, prise en étau dans mes pantalons et écrasée par ton postérieur. Je ne mets pas longtemps avant de la sortir de son étui. Mais avant de te pourfendre, je me penche sur toi pour te glisser autre chose :

— Je vais te baiser.

Sans autre forme de procès, je me glisse en toi directement jusqu'à la garde. Je ne peux que constater que j'étais chaudement attendu. Nous laissons échapper un premier râle alors que mon ventre touche tes fesses et que ma queue est entièrement engloutie. Pas de sensualité ce soir, nous sommes dans l'intensité, l'animalité. Alors que je coulisse en toi avec vigueur et que tes mouvements m'y invitent, nos cris et nos gémissements résonnent, s'amplifient dans le théâtre vide. J’empoigne ta crinière et intensifie la cadence, sentant le plaisir monter. C'est ce moment que tu choisis pour me repousser d'un coup de reins. Tu m'attrapes par les pans de ma chemise et avec dextérité me colle au sol.

— C'est moi qui vais te baiser.

Elle s’accroupit sur moi, agrippe ma queue et après quelques mouvements de frottement contre son clitoris, elle me glisse en elle. Je peine à bouger dans cette position, mais je sais qu'elle aime me sentir à sa merci et agir sur la montée de mon plaisir. Je ne m'en plains pas. Pendant qu'elle me chevauche, mes mains s'accrochent tant bien que mal à sa robe, mais les mouvements ne facilitent pas les choses… Je la regarde. Elle est belle. Un énorme spasme la saisit et je sens ses cuisses se resserrer sur moi comme un étau. Puis vient le relâchement quand elle vient se glisser près de moi, ventre à terre. Je n'ai pas joui, mais qu'importe, ce moment est magnifique.

Dans un souffle, je l'entends dire :

— Bordel…

Rideau.

Arthème Léonard ©

Arthème Léonard ©

  C ontraster l'ombre,  Inspirer la lumière. Et clair est l'obscur...

 
Contraster l'ombre, 
Inspirer la lumière.
Et clair est l'obscur...
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