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Arthème Léonard ©

Arthème Léonard ©

L a piqûre. La piqûre, c'est cette sensation très localisée, cette petite pointe insignifiante sur une grande surface qui sait m...



La piqûre. La piqûre, c'est cette sensation très localisée, cette petite pointe insignifiante sur une grande surface qui sait manifester sa présence. Son intensité est variable, mais est-ce réellement une douleur ? Je ne le crois pas. Ça ne paralyse pas, ça ne foudroie pas et parfois on ne s'en rend même pas compte. Non pas que l'on soit devenu insensible, mais en connaître la cause rend l'esprit plus léger. D’ailleurs, parfois ça démange plus que ça ne pique. Alors on gratte… et là, hummm quel soulagement ! La sensation passe de la douleur au plaisir.

Souvent je me pique. Je ne sais trop si c'est de la maladresse de ma part ou une forme de défi à me balader sur des versants escarpés, entourés de buissons épineux. Le risque est plus grand, forcément. Suffit juste de prendre un chemin plus sécurisé, plat et sans surprises. Mais moi je me fais vite chier dans ce genre de balade. Me revient l'image de Béranger, l'assistant-bibliothécaire qui se flagelle dans sa cellule avec des tiges de rosiers pour expier ses péchés… je n'en suis pas là ! Et je n'ai rien a expier. Pour lui, il ne s'agit plus de piqûre, mais véritablement de douleur, une blessure profonde sciemment provoquée par la concentration et la multiplication.

Je ne cherche pas à tomber dans les buissons, ni même à trébucher sur une épine. Le chemin est juste plus joli, plus riche, plus vivant, plus intense. Plus libre ?

Alors, quand ça pique, c'est une façon de réaliser que je ne suis pas indifférent. Et souvent, je le dis. D'autres fois, je me tais. Juste un petit « aie » intérieur, une petite pause, le temps de réaliser ce qu'il se passe. Et je repars. Et j'ai déjà oublié. Les choses ne glissent pas sur moi et je ne m'isole pas d'elles pensant me protéger en les mettant dans des cases bien hermétiques. Je pourrais couper les buissons, me direz-vous, en tous cas les épines qui dépassent ? Bah non ! Je n'ai aucune raison de les contraindre, ces épines ! C'est aussi leur liberté qui implémente la mienne.

Bon, quand je trébuche - parce que ça m'arrive aussi, hein ! - quand je trébuche, je fais moins le fanfaron. Mais bon, je me relève quand même et je fais juste un peu plus gaffe où je mets mes pieds. Et l'âge avançant, j'apprends de mes expériences… enfin j'essaie.

Je vous laisse, je reprends mon chemin. Et comme j'étais en train de vous causer, j'ai pas fait gaffe et j'ai frôlé une épine. Je ne suis pas indifférent… euh, ça pique, je veux dire.

Arthème Léonard ©

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Les paysages qui défilent, la vitre qui me maintient dans un aquarium et me coupe du paysage olfactif... Je dois faire un gros effort po...


Les paysages qui défilent, la vitre qui me maintient dans un aquarium et me coupe du paysage olfactif... Je dois faire un gros effort pour retrouver ces odeurs de terres argileuses cuites au soleil, cette végétation déjà grillée par l'été capricieux, l'iode léger poussé par un vent chaud. Je ne suis plus qu'un témoin contemplatif d'un paysage, maintenant vide de ses sujets...

Et sans ce petit merdeux qui téléphone depuis une heure à voix haute à sa meuf pour lui dire grossomerdo :

— tu es pas la plus belle enfin si t'es la plus belle quoi que je me suis déjà tapé des meufs super moches je t'aime bébé parle plus fort j'entends rien tu parles dans le vide...

Pendant qu'elle, visiblement discute sur Facebook en même temps et lui rapporte les commentaires des autres interlocuteurs... Tout ça avec une voix bien pleine, histoire que tout le wagon réalise à quel point c'est un cador, car il a une meuf !

Sans ce merdeux, disais-je, je laisserais mon esprit s'envoler, divaguer, s'attacher à laisser passer lentement cette boule qui m'étreint depuis le matin même de mon départ. Au fil des paysages qui évoluent et me rapprochent d'autres bonheurs encore incertains.

Là tout de suite, j'ai peur.

C'est irraisonné, irraisonnable et certains me diront par empathie que c'est tout à fait compréhensible. Alors j'écris. Je cris sur mon carnet Moleskine, l'outil indispensable quand on est auteur... enfin, j'aurais bien aimé. En fait de Moleskine, je cris sur l'emballage de mon sandwich, pour éviter de me lever et de crier sur l'autre con au bout du wagon qui ne comprendrait même pas la raison de mon courroux.

Je sors de mes délires un instant, emporté par un retour brutal de tous mes sens. Un mélange de tarte tatin et de Dermophil Indien vient de s'asseoir à mes côtés. Reprenons. Donc : le soleil haut et chaud, les buissons grillés, la terre rouge et craquelée et parfois des bouts de mer entre deux collines, embaumés par la cannelle, la pomme et le Dermophil Indien.

Franchement, de quoi je me plains !

Fiuuu, foutcha, mazette !!! Ce n'était pas juste une brise... mais bien un ouragan !!! D'où je suis, j'ai la certitude que même après les 6 heures de train qui m'attendent, aucune odeur de sueur ne va réussir à parvenir à mes narines. Et pourtant, on est au moins 50 dans ce caisson. Merci mademoiselle ! Vous êtes ma marraine la bonne fée, Marie machin chose, ma bonne étoile ! Bouddha, c'est toi ? Mon bouddha est de retour, alléluia ! Tout n'est donc pas perdu, l'espoir renait enfin grâce à la tarte tatin. Venez là que je vous embrasse !

Euh, c'est peut-être empoisonné ? On me tend un piège ? Une épreuve de plus ?

J'ai peur, je vous dis.

Je me ravise donc. Elle ne connaitra pas la fougue et l'indécence dont je peux être capable. Quant à moi, je m'évite une baffe et un possible coma diabétique.

Le train continue sa route. Il semble donc que le conducteur n'ait pas perdu connaissance après le passage de l'ouragan. C'est bon signe. Les paysages ont vite changé pour laisser place à la grisaille. La météo me confirme qu'il pleut sur ma destination. Me reviennent les mots de Paul... Paul Verlaine :

Il pleut sur mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

Pas de transfert, pas de projection.
Je suis juste mélancolique ce soir.
La peur est déjà en train de se dissiper.
Je sais déjà que demain.


Arthème Léonard ©

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Fourni par Blogger.