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Les paysages qui défilent, la vitre qui me maintient dans un aquarium et me coupe du paysage olfactif... Je dois faire un gros effort po...

Le train

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Les paysages qui défilent, la vitre qui me maintient dans un aquarium et me coupe du paysage olfactif... Je dois faire un gros effort pour retrouver ces odeurs de terres argileuses cuites au soleil, cette végétation déjà grillée par l'été capricieux, l'iode léger poussé par un vent chaud. Je ne suis plus qu'un témoin contemplatif d'un paysage, maintenant vide de ses sujets...

Et sans ce petit merdeux qui téléphone depuis une heure à voix haute à sa meuf pour lui dire grossomerdo :

— tu es pas la plus belle enfin si t'es la plus belle quoi que je me suis déjà tapé des meufs super moches je t'aime bébé parle plus fort j'entends rien tu parles dans le vide...

Pendant qu'elle, visiblement discute sur Facebook en même temps et lui rapporte les commentaires des autres interlocuteurs... Tout ça avec une voix bien pleine, histoire que tout le wagon réalise à quel point c'est un cador, car il a une meuf !

Sans ce merdeux, disais-je, je laisserais mon esprit s'envoler, divaguer, s'attacher à laisser passer lentement cette boule qui m'étreint depuis le matin même de mon départ. Au fil des paysages qui évoluent et me rapprochent d'autres bonheurs encore incertains.

Là tout de suite, j'ai peur.

C'est irraisonné, irraisonnable et certains me diront par empathie que c'est tout à fait compréhensible. Alors j'écris. Je cris sur mon carnet Moleskine, l'outil indispensable quand on est auteur... enfin, j'aurais bien aimé. En fait de Moleskine, je cris sur l'emballage de mon sandwich, pour éviter de me lever et de crier sur l'autre con au bout du wagon qui ne comprendrait même pas la raison de mon courroux.

Je sors de mes délires un instant, emporté par un retour brutal de tous mes sens. Un mélange de tarte tatin et de Dermophil Indien vient de s'asseoir à mes côtés. Reprenons. Donc : le soleil haut et chaud, les buissons grillés, la terre rouge et craquelée et parfois des bouts de mer entre deux collines, embaumés par la cannelle, la pomme et le Dermophil Indien.

Franchement, de quoi je me plains !

Fiuuu, foutcha, mazette !!! Ce n'était pas juste une brise... mais bien un ouragan !!! D'où je suis, j'ai la certitude que même après les 6 heures de train qui m'attendent, aucune odeur de sueur ne va réussir à parvenir à mes narines. Et pourtant, on est au moins 50 dans ce caisson. Merci mademoiselle ! Vous êtes ma marraine la bonne fée, Marie machin chose, ma bonne étoile ! Bouddha, c'est toi ? Mon bouddha est de retour, alléluia ! Tout n'est donc pas perdu, l'espoir renait enfin grâce à la tarte tatin. Venez là que je vous embrasse !

Euh, c'est peut-être empoisonné ? On me tend un piège ? Une épreuve de plus ?

J'ai peur, je vous dis.

Je me ravise donc. Elle ne connaitra pas la fougue et l'indécence dont je peux être capable. Quant à moi, je m'évite une baffe et un possible coma diabétique.

Le train continue sa route. Il semble donc que le conducteur n'ait pas perdu connaissance après le passage de l'ouragan. C'est bon signe. Les paysages ont vite changé pour laisser place à la grisaille. La météo me confirme qu'il pleut sur ma destination. Me reviennent les mots de Paul... Paul Verlaine :

Il pleut sur mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

Pas de transfert, pas de projection.
Je suis juste mélancolique ce soir.
La peur est déjà en train de se dissiper.
Je sais déjà que demain.




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